Djogbénou au pupitre : la double transition d'un Parlement en mutation

 



 Dans son rapport inaugural à la 10ème législature, le président de l'Assemblée nationale dresse un bilan dense d'une période charnière entre achèvement législatif et renouveau institutionnel tout en traçant les ambitions d'un mandat placé sous le sceau des valeurs républicaines.


 C'est un exercice constitutionnel, mais aussi politique. En prenant la parole devant ses pairs pour présenter son premier rapport d'activités, le Professeur Joseph Fifamin Djogbénou élu à la présidence de l'Assemblée nationale du Bénin le 8 février 2026 s'est livré à un double exercice de transparence et de projection. Couvrant la période allant du 1er octobre 2025 au 21 avril 2026, le document brosse le tableau d'une institution qui a su maintenir son cap à travers l'une des transitions parlementaires les plus denses de son histoire récente.


La mécanique institutionnelle béninoise impose au président de l'Assemblée nationale de rendre compte, en début de chaque session ordinaire, de sa gestion et de ses activités. C'est l'article 21 du Règlement intérieur qui le prescrit. Mais derrière la formalité du texte, c'est une leçon de gouvernance parlementaire que livre Djogbénou, conscient qu'il hérite à la fois des acquis de la 9ème législature et des exigences d'un renouveau attendu.





Un bilan législatif substantiel avant le passage de témoin



La première période du rapport d'octobre 2025 à février 2026 aura été marquée par une intense activité législative sous la 9ème législature. En neuf séances plénières, l'Assemblée nationale a adopté pas moins de quinze textes, répartis en quatre catégories distinctes : une loi constitutionnelle, deux lois de finances, cinq lois ordinaires et sept conventions de financement internationales.




15 Textes adoptés (oct. 2025 fév. 2026)

3 784 Milliards FCFA Budget 2026

9 Séances plénières 1ère période

5 Commissions permanentes installées




Parmi les actes les plus significatifs figure l'adoption, le 14 novembre 2025, de la loi n° 2025-20 portant révision de la Constitution de 1990 texte fondateur de la démocratie béninoise dans sa version consolidée de 2019. Un geste constitutionnel lourd de sens dans un contexte où plusieurs démocraties ouest-africaines font face à des turbulences institutionnelles. Le 4 décembre suivant, c'est la loi de finances 2026, équilibrée à hauteur de 3 783,984 milliards de francs CFA, qui recevait le feu vert du Parlement, accompagnée du règlement définitif du budget 2023.



Sûrement et méthodiquement, nous allons ensemble poser des actes dans le sens d'une avancée notable de notre Institution.

  Prof. Joseph Fifamin Djogbénou, Président de l'Assemblée nationale du Bénin



L'installation de la 10ème législature : une transition maîtrisée


transition maîtrisée

La seconde période du rapport s'ouvre le 8 février 2026 avec la session inaugurale de la 10ème législature. Présidée par le doyen d'âge, l'honorable N'da Antoine N'DA, épaulé des deux plus jeunes élus Youssouf Issa et Faridatou Yacoubou Traoré Zachari comme secrétaires de séance, cette journée marque symboliquement le passage de flambeau entre deux générations d'élus.



Dès le 11 février 2026, la première session extraordinaire de l'année permettait la constitution des deux groupes parlementaires — l'Union Progressiste Le Renouveau et le Bloc Républicain — ainsi que l'installation des cinq commissions permanentes avec l'élection de leurs bureaux. Une architecture institutionnelle reconstituée en quelques jours, signe d'une transition rôdée.


La première session ordinaire de la nouvelle législature s'est officiellement ouverte le 15 avril 2026. Le rapport le reconnaît sans détour : aucun texte législatif n'a été adopté durant cette période inaugurale. Ce silence législatif n'est pas un aveu de paralysie, mais le reflet d'un temps consacré à l'organisation interne et à la structuration des organes parlementaires.



Gestion administrative : la continuité de l'État préservée



Derrière les séances plénières et les grandes décisions législatives, l'Assemblée nationale est aussi une administration. Sur ce front, Djogbénou souligne la régularité des paiements effectués : indemnités et émoluments des députés, traitement du sevrage des élus sortants de la 9ème législature, salaires du personnel civil, primes militaires. Les mécanismes de reclassement, d'avancement et de titularisation des agents parlementaires. ont également été honorés, de même que les retenues obligatoires  ITS, CNSS, FNRB et les indemnités de départ à la retraite.


Participation Participation aux instances de pilotage

Bureau : 100% (1ère période) 95,24% (2ème période)

Conférence des présidents : 93,33% (1ère) — 85,71% (2ème)

Participation à l'atelier OOAS à Cotonou (25-27 mars 2026)

Présence aux 21ème assises de l'AA-HJF (13 fév. 2026)


Sur la scène internationale : un parlement actif


L'action extérieure de l'Assemblée nationale ne se limite pas aux couloirs du Palais des Gouverneurs. Durant la première période, les élus béninois ont multiplié les participations à des missions statutaires et non statutaires à l'échelle internationale. La seconde période a été marquée, notamment, par la participation des députés à une rencontre virtuelle organisée par l'OEACP l'Organisation des États d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique ainsi qu'à un voyage d'étude sur le contrôle budgétaire.


Mais c'est la participation du président Djogbénou à la 17ème Conférence des présidents d'Assemblée et de section de la région Afrique de l'Assemblée Parlementaire de la Francophonie (APF) qui retient l'attention. En marge de cet événement, il s'est entretenu avec son homologue ivoirien, le président Patrick Achy un signal de la volonté béninoise de renforcer les liens bilatéraux interparlementaires, notamment via la mise en place imminente des Groupes Interparlementaires d'Amitié (GIA).



Les difficultés assumées, les ambitions affichées

Djogbénou ne masque pas les obstacles rencontrés. La première période a souffert d'un manque de matériel de travail et d'un ralentissement de l'activité parlementaire lié à l'organisation des élections législatives et communales du 11 janvier 2026. La seconde, quant à elle, a été marquée par la surcharge administrative inhérente à tout passage de législature, notamment en matière de gestion des ressources humaines.


Face à ces contraintes, le président de l'Assemblée projette une feuille de route ambitieuse pour la 10ème législature : préserver les acquis de la précédente, améliorer les performances institutionnelles et placer le mandat sous le signe des « valeurs civiques et républicaines pour une Assemblée nationale moderne, ouverte et de développement ». Une formule qui résume l'ambition d'un parlement qui entend peser dans le destin d'un Bénin en pleine mutation.


Ce rapport d'activités, aussi technique soit-il dans sa forme, est en réalité un acte politique. Il dit l'état d'une démocratie parlementaire qui fonctionne avec ses taux de participation élevés, ses textes adoptés dans les délais, ses transitions assumées. À l'heure où le modèle démocratique béninois est regardé avec attention dans une sous-région fragilisée, le discours du Professeur Djogbénou résonne comme une affirmation tranquille de souveraineté institutionnelle.


Ernest Folorouncho LATOUNDJI

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